Le lien entre le psoas et le diaphragme : comprendre ce duo essentiel et les bienfaits de la respiration Pilates
Article rédigé par Anne-Christine DUSS – Nutritionniste, Genève
Deux muscles au cœur de notre équilibre physique et émotionnel
Lorsque l’on parle de posture, de mobilité, de douleurs lombaires ou encore de gestion du stress, deux structures reviennent souvent : le diaphragme et le psoas.
À première vue, ces deux muscles semblent appartenir à des fonctions différentes. Le diaphragme est connu comme notre principal muscle respiratoire, tandis que le psoas est souvent associé aux mouvements de la hanche et à la stabilité du bassin. Pourtant, ils entretiennent une relation profonde et permanente.
Ils communiquent à travers leurs attaches anatomiques, leurs liens fascials, leur rôle dans la stabilité du tronc et leur influence sur le système nerveux autonome.
Cette relation explique pourquoi une personne soumise à un stress chronique peut ressentir :
- des tensions dans le bas du dos ;
- une sensation de bassin « bloqué » ;
- une respiration courte et haute ;
- une fatigue importante ;
- des troubles digestifs liés à une mauvaise régulation du système nerveux.
À l’inverse, apprendre à mieux respirer, notamment grâce aux principes de la respiration Pilates, permet de restaurer une meilleure mobilité du diaphragme, de détendre progressivement le psoas et de favoriser un état physiologique plus équilibré.
1. Le diaphragme : bien plus qu’un simple muscle respiratoire
Le diaphragme est un grand muscle en forme de coupole situé entre le thorax et l’abdomen.
Son rôle principal est respiratoire :
- lors de l’inspiration, il descend pour permettre aux poumons de se remplir ;
- lors de l’expiration, il remonte et accompagne la sortie de l’air.
Mais son rôle dépasse largement la respiration.
Le diaphragme participe à :
La stabilité du tronc
Avec le transverse de l’abdomen, les muscles profonds du dos et le plancher pelvien, il constitue une véritable « boîte de stabilité » autour du centre du corps. À chaque respiration, il existe une coordination entre :
- la pression intra-abdominale ;
- les muscles profonds ;
- la posture ;
- les mouvements.
Une respiration efficace améliore donc la capacité du corps à se stabiliser.
La circulation et la mobilité viscérale
Le mouvement du diaphragme agit comme une pompe naturelle. À chaque inspiration et expiration, il influence :
- la circulation sanguine ;
- le retour lymphatique ;
- la mobilité des organes digestifs.
Un diaphragme peu mobile peut être associé à une sensation de tension abdominale, de digestion ralentie ou de difficulté à relâcher les tensions corporelles.
2. Le psoas : un muscle essentiel de la mobilité et de la posture
Le psoas est un muscle profond qui relie la colonne lombaire au fémur.
Il intervient dans :
- la flexion de la hanche ;
- la marche ;
- la course ;
- l’équilibre du bassin ;
- la stabilité lombaire.
Il prend naissance sur les vertèbres lombaires et descend profondément dans le bassin pour rejoindre le petit trochanter du fémur.
C’est un muscle postural majeur.
Lorsque nous restons longtemps assis, lorsque nous sommes en état de stress ou lorsque notre posture manque d’équilibre, le psoas peut perdre sa capacité à alterner contraction et relâchement. Il devient alors souvent trop tonique.
Cela peut favoriser :
- une cambrure lombaire excessive ;
- des tensions dans le bas du dos ;
- une sensation de raideur des hanches ;
- une limitation de l’amplitude des mouvements.
3. Pourquoi le diaphragme et le psoas sont-ils liés ?
Une connexion anatomique directe
Le diaphragme possède des attaches sur les vertèbres lombaires grâce à ses piliers. Le psoas, lui aussi, s’attache directement sur cette région lombaire. Ils partagent donc un territoire commun : la colonne lombaire. Une modification de tension de l’un peut influencer l’autre.
Par exemple : Un diaphragme peu mobile peut entraîner une augmentation des tensions autour des lombaires. Le psoas peut alors devenir plus actif pour maintenir la stabilité du corps.
À l’inverse, un psoas très contracté peut limiter la mobilité du bassin et modifier la mécanique respiratoire.
4. Le rôle du stress : quand le corps reste en mode protection
Notre organisme possède un système d’adaptation extraordinaire. Face à un danger réel ou perçu, le système nerveux sympathique active une réponse de survie :
- accélération du rythme cardiaque ;
- augmentation de la vigilance ;
- mobilisation de l’énergie ;
- contraction musculaire.
Cette réponse est utile ponctuellement. Cependant, lorsque le stress devient chronique, le corps peut rester en état d’alerte. On observe fréquemment :
Stress chronique
↓
Respiration plus courte et plus haute
↓
Diminution de la mobilité du diaphragme
↓
Augmentation des tensions musculaires profondes
↓
Psoas plus contracté
Le psoas est parfois appelé « muscle de la survie » car il participe aux réactions instinctives de protection : fuir, lutter ou se préparer à l’action. Même si cette appellation doit être nuancée scientifiquement, elle illustre bien son lien avec notre état de tension globale.
5. Le diaphragme, le nerf vague et la régulation du système nerveux
La respiration est l’un des rares outils permettant d’influencer volontairement notre système nerveux autonome. Une respiration lente et profonde favorise l’activation du système parasympathique, associé :
- au repos ;
- à la récupération ;
- à la digestion ;
- à la régénération.
Le nerf vague joue un rôle majeur dans cette régulation. Lorsque nous respirons avec amplitude, particulièrement avec une expiration longue, nous envoyons au cerveau un signal de sécurité. Le corps comprend progressivement qu’il peut sortir du mode vigilance.
Cela peut favoriser :
- une diminution de la tension musculaire ;
- une meilleure digestion ;
- une meilleure récupération ;
- une sensation d’apaisement.
6. La respiration Pilates : une approche spécifique pour reconnecter le corps
La respiration Pilates est un élément fondamental de la méthode. Contrairement à une respiration uniquement abdominale, elle recherche une expansion tridimensionnelle de la cage thoracique.
L’objectif est de respirer :
- dans les côtes latérales ;
- dans l’arrière des côtes ;
- tout en maintenant un engagement doux du centre du corps.
Cette respiration permet :
Une meilleure activation du centre
En Pilates, le « centre » comprend notamment :
- le transverse abdominal ;
- les muscles profonds du dos ;
- le plancher pelvien ;
- le diaphragme.
Ce système travaille ensemble pour créer une stabilité dynamique.
Une meilleure conscience corporelle
La respiration Pilates apprend à ressentir :
- les tensions inutiles ;
- les compensations ;
- les zones de blocage.
Elle développe une relation plus fine entre le cerveau et le corps.
Une diminution des tensions profondes
En favorisant une expiration contrôlée, elle aide progressivement à relâcher certaines tensions musculaires, notamment autour :
- du bassin ;
- des lombaires ;
- du psoas.
7. Exercices Pilates et respiration pour détendre le diaphragme et le psoas
Exercice 1 : respiration latérale costale
Position :
- allongé sur le dos ;
- genoux pliés ;
- pieds au sol ;
- mains placées sur les côtes.
Consigne :
- inspirer en sentant les côtes s’ouvrir sur les côtés ;
- expirer lentement en laissant le ventre se détendre ;
- répéter 5 à 10 cycles.
Objectif :
- améliorer la mobilité du diaphragme ;
- calmer le système nerveux ;
- relâcher les tensions.
Exercice 2 : bascule du bassin
Position :
- allongé sur le dos ;
- genoux fléchis.
Mouvement :
- expirer en ramenant doucement le bassin vers soi ;
- inspirer en relâchant.
Objectif :
- mobiliser la colonne lombaire ;
- reconnecter respiration et mouvement ;
- diminuer les tensions autour du psoas.
Exercice 3 : ouverture de hanche en fente douce
Position :
- un genou au sol ;
- une jambe devant.
Consigne :
- avancer légèrement le bassin ;
- garder le dos long ;
- respirer profondément.
Objectif :
- favoriser l’allongement du psoas ;
- améliorer la mobilité de hanche.
Il est important de rechercher une sensation d’ouverture et non une sensation de douleur ou d’étirement intense.
Exercice 4 : mouvement « chat-vache »
À quatre pattes :
- Inspiration : ouvrir doucement la poitrine.
- Expiration : arrondir le dos.
Cet exercice associe :
- mobilité de la colonne ;
- respiration ;
- détente des tensions profondes.
8. Les bénéfices globaux d’une respiration Pilates régulière
Une pratique régulière peut contribuer à :
Améliorer la posture
Une meilleure coordination entre diaphragme, abdominaux profonds et bassin favorise une posture plus équilibrée.
Réduire certaines douleurs liées aux tensions
Elle peut accompagner la prise en charge de :
- tensions lombaires ;
- raideurs du bassin ;
- inconforts liés aux mauvaises postures.
Favoriser la digestion
Grâce à son action sur le système parasympathique et la mobilité diaphragmatique, elle participe à un meilleur état de repos digestif.
Améliorer la gestion du stress
La respiration devient un outil quotidien de retour au calme.
Conclusion : réapprendre à respirer pour retrouver un corps plus libre
Le diaphragme et le psoas forment un véritable duo fonctionnel. L’un accompagne chaque respiration, l’autre participe à notre posture et à notre capacité de mouvement. Tous deux sont influencés par notre état émotionnel, notre niveau de stress et nos habitudes corporelles. Dans une société où nous passons beaucoup de temps assis, où la charge mentale est élevée et où le système nerveux est souvent sursollicité, réapprendre à respirer devient une véritable démarche de santé.
La respiration Pilates ne consiste pas uniquement à mieux remplir ses poumons. Elle permet de recréer une communication entre :
- le souffle ;
- le mouvement ;
- le système nerveux ;
- les muscles profonds.
En restaurant cette connexion, nous offrons au corps un espace pour retrouver plus de mobilité, de stabilité et d’apaisement.


